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Assemblée générale de Patrimoine Suisse Genève 2017

L’Assemblée de Patrimoine suisse Genève s’est déroulée sous un soleil radieux samedi 10 juin 2017, dans le splendide domaine Grand’Cour à Peissy.

Les presque 80 membres qui ont fait le déplacement ont été reçus magnifiquement par la famille Pellegrin, pour l’assemblée tout d’abord dans la grange, pour une dégustation et enfin pour le repas dans la cour.

L’après-midi nous avons suivi notre guide, Isabelle Brunier, à la découverte du village de Peissy.

Discours à trois voix du 100ème anniversaire de la Société d’art public

 

par:
Marcellin Barthassat, président
Catherine Courtiau, vice-présidente
Jean-François Empeyta, vice-président

 
Discours adressé aux représentants des autorités cantonales et municipales, aux membres du comité, aux amies et amis du patrimoine et au public

Nous sommes heureux de vous accueillir et d’ouvrir cette cérémonie au bord de l’eau, face aux Alpes et en particulier le Mont-Blanc, dans cette rade exceptionnelle de beauté, d’émotions et d’enjeux de réhabilitation.

Au nom de la section genevoise de Patrimoine suisse nous vous souhaitons la bienvenue parmi nous.

C’est une partition écrite à trois voix qui vous est proposée pour ouvrir cette célébration centenaire de la Société d’art public : 1907… 2007, une durée historique d’actions multiples, jalonnées de succès, d’échecs, d’évolutions, de changements pour aujourd’hui se retrouver presque avec les mêmes problèmes, les mêmes espoirs, mais dans une complexité bien différente. Nous voulons vous adresser, Catherine Courtiau, Jean-François Empeyta et moi-même quelques propos, pour porter une attention particulière à l’histoire, ce qu’est aujourd’hui et ce que pourrait être demain, ce qui touche à la fabrication des villes, à la transformation des paysages, aux rapports que l'homme entretient avec la nature.  Toutes ces préoccupations ont un voisinage commun : le territoire de la mémoire et celui qu'il nous faut recomposer.
 

Naissance et repères dans l’histoire de la Société d’art public

Lorsque notre association a vu le jour en 1907 – issue de la Commission d’art fondée en 1901 comme nouvel organe de l’Association des intérêts de Genève –, la notion de « beauté » était émotionnelle, étroitement liée au pittoresque, à la patrie. Les désignations et noms en sont évocateurs : le Heimatschutz, créé en 1905, s’appelait en français la Ligue pour la conservation de la Suisse pittoresque. Les résultats de concours de façades en ce début de siècle furent publiés dans le journal illustré « La Patrie suisse ».

L’émotion n’a certes pas disparu, mais elle varie, fluctue, au gré des époques, des cultures, des coutumes et usages. Aujourd’hui, la sauvegarde du patrimoine, ou des biens culturels, est étroitement liée à la connaissance, au savoir. Il a fallu créer des critères scientifiques de sélection basés sur des valeurs historiques, techniques, constructives, mais aussi esthétiques.
Nous dépendons par conséquent des recherches, notamment des inventaires, comme celui mené depuis 1927 sur le plan national par la Société d’histoire de l’art en Suisse, communément appelée la SHAS.

Il s’agit de rappeler ici brièvement les liens qui rattachent, par leur complémentarité, la SHAS, société scientifique, à la Société d’art public, la SAP, sentinelle de la préservation du patrimoine. La SHAS avait été créée en 1880 par le peintre genevois Théodore de Saussure. Plus tard, l’illustre Genevois Camille Martin, fondateur en 1915 de la Commission fédérale des monuments historiques, devint l’année suivante président de la SHAS, membre également du comité de la SAP, et contribua à la création, en 1920, du Bureau du plan d’extension de Genève. Dans les années 1940, l’archéologue Louis Blondel assuma avec grandeur et succès la présidence de la SHAS ainsi que celle de la SAP. Son fils, notre président d’honneur Denis Blondel, a lui aussi largement contribué, au sein des comités de ces deux associations, à promouvoir la diffusion des connaissances et à assurer la sauvegarde du patrimoine. N’oublions pas qu’il a créé la « Loi Blondel » qui protège les constructions du XIXe siècle érigées sur la ceinture fazyste, terrain des anciennes fortifications.
 

Depuis 1950 Genève a fabriqué un patrimoine contemporain qu’il nous faut connaître.

Le rôle de Patrimoine suisse Genève est de veiller à l’entretien des bâtiments, à la bienfacture de restaurations, tout comme de démolitions parfois incontournables pour laisser place à de nouvelles constructions – le patrimoine de demain. Son rôle consiste également à faire connaître à un large public non seulement le patrimoine ancien, mais aussi le plus récent, un patrimoine souvent ignoré, voire déprécié, car peu compris.

Dans cette perspective et pour compléter les visites guidées que la SAP organise depuis fort longtemps, Patrimoine suisse Genève prépare un livre, richement illustré et accessible à tous, sur l’architecture du XXe siècle à Genève, en quelque sorte une suite à la publication de l’ouvrage sur le XIXe siècle paru en 1985. Notre siècle passé, bouleversé par deux guerres mondiales, des crises et des euphories économiques, sociales et par une évolution technologique fulgurante, s’inscrit précisément dans une continuité logique de la révolution industrielle du XIXe siècle.

Ville de près de 100'000 habitants en 1900 – au centre d’un canton encore agricole – Genève est aujourd’hui une agglomération transfrontalière de plus de 800'000 habitants.
Dans notre sphère d’intérêts, cette évolution se manifeste par une extension du champ patrimonial. En effet, celui-ci intègre, selon le concept italien de « beni culturali », à la fois l'architecture, l'urbanisme, le paysage, les œuvres d'art et les objets usuels, les édicules et espaces publics.

Quels que soient nos goûts, nos nostalgies et nos aspirations, notre environnement bâti revêt le constat indéniable d’exister: 70 à 80 % des édifices qui forment notre cadre de vie ont été érigés au XXe siècle. Il faut apprendre à les connaître, à en identifier les qualités, économiques, sociales, matérielles, culturelles dans toute leur diversité typologique et stylistique.
 

Sauvegarde des quartiers anciens et naissance d’une critique collective de la ville

Après les reconstructions, suite à la Deuxième Guerre mondiale, sans distinction et au nom d’une soi-disante « rénovation urbaine », des mouvements contre le démantèlement des anciens quartiers se manifestent dans toutes les villes d’Europe.
A Genève, il faut attendre la fin des années 60 pour que la Société d’art public soit reconnue d’intérêt public et obtienne la « qualité pour agir » auprès des tribunaux. La sauvegarde et la restauration des centres historiques deviennent des enjeux politiques incontournables.
Puis vint la période des années 70-80 qui reconnut enfin le patrimoine du XIXe siècle, alors que nous sortions à peine du « plan Biermann » des années 60 où le « tout-à-la-voiture » risquait de porter une atteinte irrémédiable aux rives de la Rade et du Rhône.
                

La prise de conscience des méfaits de la tabula rasa donna naissance à une critique plus collective d’un urbanisme aveugle à l’égard du patrimoine. Après quelques années plus attentistes, l’an 2000 ouvre une grande réflexion publique sur le patrimoine du XXe siècle. La Société d’art public se lance alors dans des combats plus difficiles, plus complexes aussi et souvent incompris.
 

A l’échelle de la région puis des climats

Si nous poursuivons sans relâche les buts que nous nous sommes fixés, nous voulons également participer, avec d’autres associations concernées par le patrimoine et l’environnement, aux projets futurs pour la région franco-valdo-genevoise.

Cent ans après sa naissance en 1907, la Société d’art public peut dresser plus qu’un bilan. Son action s’est inscrite dans la durée et s’est imposée dans la Cité comme une entité reconnue d’intérêt public. Ses combats et ses propositions ont contribué à un élargissement de la culture urbaine dont le patrimoine, l’architecture et l’espace public sont les piliers. L’existence de la Société d’art public a été jalonnée d’événements liés à l’histoire de la sauvegarde du patrimoine bâti ancien et contemporain.
Aujourd’hui, les problèmes liés aux ressources, à l’urbanisation et à son impact sur les climats incitent à convenir de politiques nouvelles d’environnement et d’aménagement. La question du « patrimoine » devient plurielle. Elle se pose quotidiennement à tous les niveaux dans un environnement naturel et construit en constante mutation.

L’année centenaire de la Société d’art public se situe dans cet entre-deux, propre à toute transformation, à toute période, à toute recherche d’équilibre. Cette année sera pour nous à la fois un bilan, un état des lieux et un devenir.
 

Conserver, développer, créer

Tel est notre engagement pour tendre vers une éthique de l’architecture et aider la société toute entière à promouvoir la protection des biens culturels à la hauteur des ambitions de toute communauté urbaine.
L'ancien peut subsister là où surgit le nouveau. La mise en valeur du patrimoine bâti ancien et contemporain est une mission que Patrimoine suisse Genève poursuit depuis 1907. Ses buts de « nature idéale » prennent aujourd’hui un caractère plus assidu, non par nostalgie du passé mais en raison d’un développement plus adapté aux besoins actuels, mais de taille humaine. Après cent ans d’existence, notre association entend  continuer à promouvoir et agir :

1. pour la sauvegarde de bâtiments anciens et contemporains
2. pour de nouvelles constructions de qualité
3. pour une urbanisation pensée et alternative à la dispersion
4. pour la protection des paysages

L’action de toutes et tous est importante si nous entendons aujourd’hui inciter des projets et des constructions de qualité. Nous devons retrouver, pour ne pas dire « renouer » avec les vertus d’une pensée de projet, quelles que soient les échelles. C’est dans le territoire que l’humanité peut trouver des traces de son passé et des signes pour le futur, les indices de ses succès et de ses échecs, les causes de ses aspirations (Giancarlo De Carlo architecte italien très engagé, décédé en 2006).

Notre responsabilité vis-à-vis des futures générations est grande. Quel héritage naturel et construit laisserons-nous à nos enfants ? Telle est en partie la substance et le questionnement qui résonne dans le mot « patrimoine » !
 
Notre section genevoise se porte bien. Elle est heureuse de pouvoir fêter aujourd’hui sa centième année parmi tous les amis, les citoyens, les élus et nos autorités. 
Nous adressons également notre vive gratitude et pensée à toutes celles et ceux qui ont fait l’« Art public » et son journal « Alerte », Association rebaptisée Patrimoine suisse Genève en 2007 pour repartir à la conquête du 21e siècle.

L’émotion, la beauté, la connaissance, le respect et la créativité sont les premières postures à proposer lorsqu’il s’agit de vie et d’espace.
Patrimoine suisse Genève

Marcellin Barthassat, président
Catherine Courtiau, vice-présidente
Jean-François Empeyta, vice-président

8 septembre 2007