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Détails

2000 : Maison Micheli-Calandrini

Adresse:Plateau de Frontenex 3, Cologny
Description:

Classement demandé par la SAP en 1998
Classement le 19.04.2000

 

Sur les contreforts du coteau de Cologny, dominant le lac, l'ancienne "maison Calandrini" constitue un maillon important dans l'histoire de l'architecture genevoise de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, Son parti, sa construction, en font un témoin privilégié du goût néo-classique et des influences palladiennes dans notre région. De surcroît, sa proximité avec la "maison Saladin" lui donne une valeur d'ensemble qui s'étend, bien au-delà de sa parcelle, à tout un environnement boisé et champêtre. Préservé de lotissements abusifs et excessifs, ce paysage fournit un arrière-plan cohérent et nécessaire à la compréhension de la demeure. 

Vraisemblablement construite en tre 1770 et 1780 pour le banquier François Calandrini, la belle maison frappe par la singularité de son caractère et par son originalité.

Extérieurement, elle est cantonnée par quatre pilastres monumentaux en forte saillie. Massifs, ces éléments étonnent par leurs proportions inhabituelles, par l'entablement très marqué qu'ils soutiennent et par leur ordre : le toscan. Côté Genève, une loggia est pratiquée dans la façade sud-ouest. Malgré un balcon en béton qui rompt son élan, elle réunit le rez-de-chaussée et le premier étage et leur offre un dégagement sur les jardins et la grande allée qui les traverse. A l'opposé, côté nord-est, l'entrée est sommée d'un entablement porté par deux consoles. Au nord-ouest, regardant le lac, la façade s'élève sur un soubassement puissant aménagé en cave dans la pente du terrain. 

Le rez-de-chaussée reçoit les espaces représentatifs de la demeure. Passée la porte d'entrée, une petite antichambre donne accès à un hall circulaire placé au milieu de la maison. De là sont desservies les quatre pièces carrées disposées à chaque angle. Les deux plus belles, le salon et la salle à manger, s'ouvrent sur les jardins par plusieurs fenêtres dont celles de la loggia. Ces espaces nobles font l'objet d'un traitement et d'un décor particulièrement soignés. Ainsi, le salon est disposé obliquement, avec des retraits placés dans les angles coupés de la pièce. Donnant sur la cour et les communs, la bibliothèque et l'office occupent le reste du niveau. Au premier étage et sous toit se trouve la partie privée de la maison : chambres à coucher, salles d'eau, etc.

Le traitement de la maison dénote une nette influence italienne. L'importance donnée aux pilastres et la loggia sur les jardins lui confère même des accents palladiens. Intérieurement, la disposition du rez-de-chaussée s'inspire des mêmes sources. La formule du hall circulaire et central désservant des pièces d'angle rappelle le dispositif utilisé à la villa Rotonda ou, plus près de nous, l'aménagement de la villa palladienne des forges de Syam (département du Jura).

La reprise de la toiture au début du XIXe siècle a évidemment amoindri ces traits italianisants. Les travaux durent certainement être effectués après 1815. En effet, son avant-toit lambrissé suggère une influence helvétique, vaudoise ou bernoise, qui ne doit rien au langage néo-classique de la fin du XVIIIe siècle et de l'Empire. Il traduit en fait un changement et une réorientation nationaliste du goût artistique de la période.

La qualité remarquable de la maison justifie très largement son classement.


SAP, extraits de la demande de classement, 7 décembre 1998

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